Emmanuel Macron s'affiche seul dans la campagne, un pari risqué

Première publication :

Emmanuel Macron s’est invité mercredi sur une série de 60 000 affiches de campagne de Nathalie Loiseau (LREM) aux élections européennes, volant au secours d’une candidate à la traîne dans les derniers sondages. Un pari risqué.

L’implication d’Emmanuel Macron dans la campagne des européennes est-elle un désaveu pour Nathalie Loiseau ? Mercredi, le parti de la majorité présidentielle a dévoilé une affiche de campagne sur laquelle Emmanuel Macron apparaît, seul. Sourire aux lèvres, regard lointain, le président pose sur un fond vert rappelant la nature, avec pour tout slogan, “En marche pour l’Europe ! Le 26 mai, je vote Renaissance”, le nom de la liste LREM.

Ni le visage, ni le nom de la tête de liste européenne n’y figurent. L’intéressée ne semble pas en avoir pris ombrage, du moins officiellement. Répondant aux critiques de ses détracteurs, l’ancienne diplomate s’est au contraire dit très “fière”, dans un entretien publié jeudi 16 mai sur LCI.fr. “La liste que nous avons constituée est une liste de soutien à Emmanuel Macron, c’est totalement cohérent. Beaucoup de ses prédécesseurs l’ont fait. Et ce n’est pas lui qui l’a faite, c’est La République en Marche.”

“On nage en plein délire !”

Ses adversaires politiques semblent trouver la démarche moins naturelle. “On nage en plein délire !, s’est indigné Nicolas Dupont-Aignant sur son compte Twitter. Le président de la République, garant de l’unité nationale, figurera sur une affiche de campagne de #EnMarche. Le score de LREM aux #Européennes2019 sera donc représentatif de ce qu’il reste des Français qui soutiennent encore Emmanuel #Macron.” Même exaspération chez l’écologiste Yannick Jadot : “C’est quand même gênant ce Président qui est en campagne permanente ! Quelqu’un pour lui rappeler qu’il ne peut pas cumuler Président et député européen ?”

L’affiche, tirée à 60 000 exemplaires, fait partie d’un kit de campagne comprenant une série de dix visuels. Elle est destinée à un “affichage sauvage”, assure le porte-parole LREM de la campagne des européennes, Pieyre-Alexandre Anglade. Le document de campagne ne pourra pas apparaître sur les panneaux officiels – réservés aux têtes de liste – mais uniquement sur les panneaux d’affichage libre, comme le prévoit le code électoral.

Une stratégie propre à “éclipser la candidate”

“C’est une façon de mobiliser notre électorat du 1er tour de la présidentielle, et ceux qui font confiance au président de la République sur le projet européen”, s’est justifié Pieyre-Alexandre Anglade. Et de poursuivre : “C’est aussi une façon de boucler la campagne avec le président de la République, qui en avait donné le coup d’envoi avec sa tribune, publiée dans les 28 pays de l’Union européenne en mars.”

À moins de deux semaines du scrutin, cette affiche de campagne donne le sentiment que l’équipe de campagne opère un changement de stratégie propre à “éclipser la candidate”, estime Bruno Cautrès, politologue et chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po, dans un entretien à France 24. “C’est une forme de désaveu. À partir du moment où la candidate a besoin du poids du président pour peser dans la campagne, c’est une manière de dire, en creux, que la candidate seule n’y arrive pas.”

Il faut dire que la candidate LREM est à la peine dans les derniers sondages. Mercredi, un sondage Ifop-Fiducial a donné en tête la liste du Rassemblement national menée par Jordan Bardella, avec 23,5 %, devançant pour la première fois celle conduite par Nathalie Loiseau (22,5 %).

Stopper le “Loiseau-bashing”

Dans le camp LREM, on se défend de tout “changement de stratégie” visant à mettre à l’arrière-plan l’ex-ministre des Affaires européennes, auteure de plusieurs impairs durant la campagne. Il faut “arrêter avec le Loiseau-bashing”, s’est emporté le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand.

La porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, est également venue porter secours à la candidate LREM estimant qu’il était “normal et logique” que le président “donne un certain nombre d’indications sur cette campagne européenne, qui a un impact important également sur le projet national”.

Certes, La République en marche n’est pas le seul parti à avoir recours à des poids lourds de la politique dans l’affichage de campagne pour venir en aide à la tête de liste. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon se sont également invités sur les affiches de campagne de Jordan Bardella et Manon Aubry. “Mais les choses sont différentes, assure Bruno Cautrès. D’abord parce que les deux responsables politiques figurent sur la liste de campagne et ensuite parce qu’ils apparaissent en compagnie de la tête de liste. C’est une manière pour les anciens d’adouber leur jeune recrue. Or sur cette affiche des marcheurs, Nathalie Loiseau a été totalement occultée.”

Nicolas Sarkozy déjà en son temps…

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’un président en exercice vient au secours de son parti aux européennes. En 2009 déjà, Nicolas Sarkozy s’affichait également seul, accompagné du slogan “Quand l’Europe veut, l’Europe peut”, sur des affiches là aussi réservées à l’affichage libre. La stratégie s’était avérée payante : l’UMP, la formation politique de l’époque, avait recueilli 27,88 % des suffrages.

En attendant les résultats du 26 mai prochain, certains observateurs s’accordent à penser que cette implication personnelle du président donne du grain à moudre à Marine Le Pen, qui tente depuis le début de la campagne de réduire les élections européennes à un référendum dramatique entre deux visions politiques.

L’entourage du président n’a d’ailleurs pas exclu la possibilité pour ce dernier de participer à un meeting de campagne. “Cette stratégie de mise en avant du président est extrêmement périlleuse, estime le politologue. Si LREM échoue aux élections, les observateurs politiques se retourneront vers Emmanuel Macron, et non Nathalie Loiseau, et dénonceront un échec personnel de sa politique. Si les marcheurs obtiennent de bons résultats en revanche, Emmanuel Macron raflera la mise. Mais c’est un pari risqué.”


Source: Aude MAZOUÉ. The content of this article does not necessarily reflect the views or opinion of Global Diaspora News (www.GlobalDiasporaNews.com).