malgré la crise, une association tente de rendre le cinéma accessible à tous

Mais ces dernières années, la crise économique a impacté progressivement ses activités, de même que l’ensemble du secteur cinématographique, explique Fernando Rotundo, le président de Gran Cine.

En 2006, nous avons lancé le programme “Gran Cine Móvil”, qui consiste à projeter des films en plein air. L’idée, c’est de rendre la culture cinématographique accessible à tous, gratuitement. Quand nous allons projeter un film quelque part, nous amenons une centaine de sièges pliables, un écran gonflable de 8 x 6 m, des enceintes de très bonne qualité, ou encore un générateur électrique, au cas où il y aurait des problèmes d’électricité, comme cela arrive fréquemment depuis 2016. Dans le cadre de ce programme, nous avons toujours montré, en moyenne, 150 films par an, avec 300 spectateurs environ par séance.

Projection d’un film dans le cadre du programme “Gran Cine Móvil”.

Installation de l’écran gonflable.
 

Mais depuis deux ans, nous avons diminué le nombre de projections. En 2018 par exemple, leur nombre a été divisé par deux. Déjà, avec la crise économique, nous ne parvenons plus à acheter autant de films qu’avant. Et surtout, dès que la nuit tombe, les rues deviennent désertes, car les gens ont peur avec la montée de l’insécurité, le fait que les rues sont sombres [notamment en raison des coupures d’électricité, NDLR]… Donc il ne reste plus beaucoup d’endroits où nous pouvons continuer de projeter des films le soir, en toute tranquillité : actuellement, il ne reste qu’une douzaine d’endroits, comme la place Bolívar [l’un des principaux espaces publics de Caracas, NDLR].

Du coup, en 2015, nous avons lancé un autre programme, qui s’appelle “Fábrica de Cine” : toutes les semaines, nous organisons des ateliers sur le cinéma et l’audiovisuel dans des lycées, dans la municipalité de Baruta, à Caracas. Actuellement, nous concentrons donc plutôt nos efforts au niveau de ce programme.

Programme “Fábrica de Cine”.

Programme “Fábrica de Cine”.

 

“La culture permet de former des citoyens critiques”

Si la culture peut sembler secondaire vu l’état du pays, nous considérons qu’elle reste très importante pour former des citoyens critiques, capables de réfléchir… La culture est un vecteur important de transformation sociale.

“Auparavant, nous collaborions avec huit salles, mais six d’entre elles ont fermé”

D’une manière générale, de nombreuses salles de cinéma ont mis la clé sous la porte au Venezuela ces dernières années. Avant, nous collaborions avec huit salles, mais six d’entre elles ont fermé. Certains festivals de cinéma ont aussi disparu.

“On est passés de 30 millions d’entrées vendues en 2015 à 13 millions en 2018″

De plus, le nombre de films vénézuéliens produits a également diminué drastiquement. Depuis une dizaine d’année, en moyenne, il y avait 12 films produits tous les ans grâce au soutien du Centre national autonome de la cinématographie (CNAC), et c’était même allé jusqu’à 30 en 2014. Mais en 2018, je crois qu’aucun film n’a été produit grâce au soutien du CNAC.

De fait, ses fonds provenaient en grande partie de la vente des billets de cinéma. Or, en 2018, il y a eu seulement 13 millions d’entrées vendues, contre 30 millions en 2015. Et pour 2019, on risque de tomber à 10 millions. Du coup, le CNAC a moins de fonds qu’auparavant et même s’il donne de l’argent pour financer un film, cet argent ne vaut plus rien très rapidement après en raison de l’hyperinflation. [Le Fonds monétaire international prévoit cette année une hyperinflation de 10 000 000 %, NDLR].

“Les Vénézuéliens n’ont plus d’argent pour se divertir”

Si le nombre d’entrées dans les cinémas a diminué, c’est notamment lié au fait qu’un billet de cinéma coûte entre 0,50 et 1 dollar [entre 0,48 et 0,90 euro, NDLR], ce qui est très cher pour les Vénézuéliens, sachant que le salaire minimum est de 40 000 bolivars [ce qui équivaut à 7 dollars environ, soit 6 euros environ, NDLR]. Les gens n’ont plus d’argent pour se divertir…

 

Cet article a été écrit par Chloé Lauvergnier (@clauvergnier).
 


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