Une tique vous pique? Pas de panique. Cet outil en ligne pourrait vous éviter bien des soucis...

Source: Jade Savage, Full Professor of Biological Sciences, Bishop’s University / The Conversation

Vous avez peut-être remarqué que les premiers signes du printemps s’accompagnent d’une abondance de messages d’intérêt public vous rappelant que c’est aussi le début de la saison des tiques.

Les tiques ne sont pas une nouveauté dans notre environnement, mais les changements climatiques et environnementaux rapides entraînent leur expansion vers le nord et une croissance démographique exponentielle de certaines espèces telles que Ixodes scapularis – communément appelée tique du cerf ou tique à pattes noires qui transmet la maladie de Lyme – dans l’est de l’Amérique du Nord.

Ce n’est donc pas seulement une impression; il y a plus de tiques et certaines d’entre elles peuvent transmettre des agents pathogènes envahissants. Peut-on blâmer les gens d’être un peu anxieux ?

Même si j’ai passé la plus grande partie de mon enfance à chasser les insectes dans le sud du Québec, j’étais dans la trentaine lorsque j’ai rencontré ma première tique locale. Je suis nostalgique de l’époque où les tiques ne faisaient pas partie de la liste d’inquiétudes de nos parents, mais je suis ravie de vivre dans une ère où la technologie a permis à mon équipe de créer eTick.ca, une plateforme d’identification par imagerie permettant d’informer rapidement la population des risques associés à la présence d’une tique trouvée dans une région donnée.

La science citoyenne à la rescousse

Un certain nombre de services sont offerts partout au pays pour aider les citoyens à obtenir l’information dont ils ont besoin sur les tiques et les maladies qu’elles peuvent transmettre.

Ces services, qui comprennent des procédures d’identification par des organismes mandatés par un gouvernement local, varient d’une province à l’autre. Lorsqu’ils sont disponibles, ils exigent généralement l’examen des spécimens, une procédure qui s’éternise en délais postaux et en dédales bureaucratiques.

Avec l’augmentation constante du nombre de spécimens soumis chaque année par les voies habituelles, ces procédures ne sont plus suffisantes. De nouveaux problèmes exigent de nouvelles solutions.

En 2015, nous avons créé une version pilote du projet citoyen-science eTick.ca au Québec pour contrer ce problème de goulot d’étranglement et démontrer que les différentes espèces de tiques pouvaient être identifiées avec une grande précision grâce aux images. L’expérience a été un grand succès et en 2019, nous avons remanié l’interface utilisateur et élargi notre portée géographique pour inclure l’Ontario et le Nouveau-Brunswick. Nous espérons que d’autres provinces s’ajouteront au cours de la prochaine année.

Notre flux de travail est simple et s’inspire surtout de ebutterfly, une autre initiative de science citoyenne développée au Canada.

Une illustration visuelle du flux de travail du site web e-tick.
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Lorsque vous trouvez une tique, vous téléchargez une photo de celle-ci sur eTick.ca avec des informations sur l’endroit et le moment où elle a été trouvée.

Un expert provincial est alors automatiquement avisé et dès que votre image est identifiée, deux choses se produisent simultanément : vous recevez un message d’information personnalisé et un point apparaît en temps réel sur notre carte de distribution publique interactive. La soumission prend moins de trois minutes et la procédure d’identification est généralement effectuée dans les 24 heures suivant la soumission.

Bien que l’identification de l’espèce soit une excellente donnée d’un point de vue scientifique, elle ne signifie pas grand-chose pour la plupart des gens. Depuis, nous avons élaboré des messages qui informent les citoyens non seulement de l’espèce qu’ils ont trouvée, mais aussi de la pertinence médicale et vétérinaire de cette espèce et des directives provinciales concernant le protocole à suivre après une morsure de tique.

Ces messages et une partie du nouveau contenu de la plateforme ont été élaborés en collaboration avec des partenaires des universités d’Ottawa, de Guelph et du Nouveau-Brunswick ainsi que des organismes de santé publique fédéraux et provinciaux (Québec, Ontario et Nouveau-Brunswick). Le projet est soutenu financièrement par l’Agence de la santé publique du Canada.

Identifier les tiques porteuses de Lyme

Il existe plus de 40 espèces de tiques au Canada et seulement une poignée d’entre elles ont une importance médicale. Savoir que la tique que vous avez trouvée sur votre fille ce matin n’a aucune pertinence médicale sera certainement un grand soulagement.

Par contre, si vous avez été mordu par une tique connue pour transmettre la bactérie Borrelia burgdorferi, qui cause la maladie de Lyme, dans une région jugée à risque, vous pourriez être admissible à une dose unique d’antibiotiques qui empêcheraient une infection si la tique était elle-même infectée.

Cette approche, appelée prophylaxie post-exposition, est sensible au facteur temps : les antibiotiques doivent être administrés dans les 72 heures suivant le retrait des tiques pour être efficaces.

Une morsure de tique sur la peau humaine.
(Shutterstock)

Carte de distribution en temps réel

En indiquant l’endroit où la tique a été trouvée, le public participe activement au processus de surveillance et de contrôle des tiques. L’affichage des données sur une carte en temps réel nous permet, à nous, scientifiques, d’examiner les pics d’activités des tiques ainsi que la présence et l’abondance des différentes espèces au fur et à mesure qu’elles apparaissent, au lieu d’attendre les rapports de fin d’année.

Pour les chasseurs, les campeurs, les jardiniers et les amateurs de plein air, la carte fournit des informations sur la présence de tiques là où ils vivent ou dans une zone qu’ils prévoient visiter, et un rappel que la prévention est toujours la meilleure solution.

Grâce à une meilleure surveillance et à une intervention rapide, les risques pour la santé posés par la croissance des populations de tiques au Canada pourraient être mieux gérés.

Il s’agit d’une étape importante dans l’adaptation au nombre croissant de menaces causées par les changements climatiques. Et, après tout, le plein air est fait pour être apprécié.

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